Pourquoi avoir choisi la MULT ?

A l’occasion de l’annonce de l’ouverture du site Internet de la Maçonnerie Universelle de Loges de Tradition, certains d’entre vous m’ont exprimé leur souhait de voir explicitée la réflexion maçonnique qui a conduit à certaines décisions collectives de la R.L. Le Laurier et l’Olivier relatives aux tenues, aux conférences, à la tenue blanche ouverte du mois de mai 2016, et certains choix antérieurs comme la constitution d’une Loge libre, son adhésion à l’Alliance des Loges Symboliques (ALS) et l’adhésion de cette fédération de Loges à la Maçonnerie Universelle de Loges de Tradition (MULT)… Ces questions sont parfaitement justifiées, plus encore de la part des membres les plus récents, dont le souhait de clarté fait totalement partie d’un besoin légitime auquel je vais essayer de répondre, et dont nous parlerons tous ensemble à la tenue du mois de décembre dont le thème prévu est les Constitutions d’Anderson (1723), fondatrices de la Maçonnerie moderne.

Pour bien comprendre les réponses, il faut analyser l’ensemble du paysage maçonnique contemporain, et connaître son histoire. La Maçonnerie française s’est constituée au cours du 18e siècle. A travers des Loges fonctionnant sans rituel écrit, majoritairement sans obédience, souvent avec une Loge-Mère régionale, avec donc de larges différences, d’une Loge à l’autre, tenant à l’imagination et la culture des uns, la sensibilité de chacun. Le Rite Français est le fruit d’une synthèse effectuée au sein des Chambres du Grand Orient de France (GODF) en 1785 pour les grades symboliques ; ceci après un long travail en commission dont les P.V. nous sont parvenus, et dont nous savons qu’il a été fait sans a priori mais avec le désir de recueillir et de donner cohérence à tout ce qui avait été semé par les Maçons répandus sur l’ensemble de la France. D’où la volonté aussi de respecter les usages propres à chaque Loge, développée par les pairs du Rite Primordial de France. Le rite que nous pratiquons est le fruit exact de cette synthèse, dans la préservation de son esprit ouvert et dans la marque de ses choix symboliques, laquelle permettait au Frère Edmond Mazet d’écrire qu’il s’agissait « d’un rite chimiquement pur ».

Le lendemain même de son sacre, Napoléon a fait signer à la Maçonnerie un acte qui lui permettait de la contrôler et mettait à sa tête Cambacérès. L’idée était double : d’une part revenir sur la liberté accordée à la Maçonnerie, en faisant contrôler les Loges par l’obédience, d’autre part amener à l’Empire la force créatrice d’hommes qui pourraient devenir d’utiles fonctionnaires dévoués et attentifs, complétant ainsi son propre travail de conquête. La Restauration puis le second Empire poursuivirent cette mainmise, sans changement. Dès lors les obédiences avaient pris le pli, et les Loges vivaient sous une parfaite curatelle, avec une lumière qui ne pouvait venir que d’en haut !

La Loge libre et une étincelle apportée par chacun de ses membres constituent donc le principe originel d’expression de la Maçonnerie ; l’obédience qui a imposé une lumière en conformité avec les choix politiques des gouvernements successifs, est devenue par la suite l’inspiratrice incontournable d’un politiquement correct, qu’elle a cherché à associer, contre toute logique initiatique, à un maçonniquement régulier.

Au début du XXe siècle une nouvelle obédience apparaît, prenant en Angleterre ses lettres de noblesse et déclarant à ce titre sa régularité exclusive. L’accélération, là aussi tout à fait impensable en matière initiatique, de son implantation en France permet de cerner le problème de la confusion du nombre avec la vocation maçonnique. En ajoutant de graves erreurs sur le rôle des finances, et en désignant des adjudants pour faire régner l’ordre, on a l’explication de l’explosion qui se produisit !

Création de la GLNF en 1913 ;
1951 : 37 loges soit en moyenne 1 loge nouvelle par an sur 38 ans ;
1970 : 141 loges soit en moyenne 5,5 loges nouvelles par an sur 19 ans ;
1980 : 284 loges soit en moyenne 14,3 loges nouvelles par an sur 10 ans ;
1990 : 646 loges soit en moyenne 36 loges nouvelles par an sur 10 ans ;
2010 : 1700 loges soit en moyenne 53 loges nouvelles par an sur 20 ans.

Le choix des fondateurs de l’actuel Laurier et Olivier de constituer une Loge libre provient du refus du rouleau compresseur obédientiel qui ne permet pas la pratique de la Maçonnerie proposée par les Frères du XVIIIe siècle, qui recherchaient la rencontre des hommes, l’échange des idées, la saveur d’une spiritualité personnelle librement construite. Voltaire écrivait : « Que chacun dans sa foi, cherche en paix la lumière ».

Le choix de l’Alliance des Loges Symboliques, pour permettre des échanges entre Loges et régions, vient du désir d’ouverture et de la volonté de ne pas transformer le libre en sauvage. En effet pour une Loge, comme pour un être humain, être ouvert ne signifie nullement avoir la consistance de la guimauve ou l’éclat fugace du feu d’artifice. Il importe donc de laisser chaque Maçon libre de son propre cheminement initiatique, mais pour une Loge de porter fermement la tradition maçonnique à laquelle elle appartient.
Pour que cette attitude ne soit pas laissée entre les mains de quelque gourou, l’adhésion à la MULT ajoute à la légitimité la régularité. Dix puis douze structures différentes, agissant dans le même esprit, ont adopté une même Règle en sept points, une même Charte, un même Acte de Refondation.

Notre ouverture n’est pas administrative ; elle a pour origine l’esprit même de la Maçonnerie qui est tourné vers l’universel. Contrairement aux obédiences historiques, il n’est donc pas nécessaire pour nous que le Maçon qui frappe à la porte de la Loge soit titulaire d’un traité d’amitié ; seulement qu’il vienne en visiteur, dans le respect de ceux qui l’accueillent.

Nous avons choisi d’aller plus loin en programmant une tenue blanche ouverte (T.B.O.) ; c’est-à-dire une tenue ouverte, en plus des Frères ou Sœurs visiteurs, aux profanes que vous aurez invités. Elle sera composée d’une ouverture et d’une fermeture des travaux, qui ne seront pas effectuées selon notre rituel mais un rituel que nous devrons créer pour l’occasion, comme le font les Loges de nombreux pays à l’occasion des solstices, pour permettre aux membres de recevoir leur famille. Au milieu, des travaux seront présentés sur le thème choisi : Harry Potter. Le principe est de prendre un thème non maçonnique et largement connu, afin d’illustrer à travers chaque travail la manière de tirer du symbolisme une réflexion personnelle, qui est ensuite complétée par les interventions de chacun. Une manière intéressante de faire toucher du doigt l’esprit de nos échanges, et la manifestation de notre volonté de ne pas draper la Maçonnerie dans la toge du secret. Une façon aussi de sensibiliser  ceux qui s’investiront dans la création de cette ouverture et de cette fermeture occasionnelles, toute la richesse dont peut être revêtue un rituel.

Espérant avoir ainsi clarifié les choix effectués par la Loge, et le rôle attendu de l’ALS et de la MULT dans la construction d’une Maçonnerie fidèle à sa tradition, espérant qu’ainsi la Maçonnerie moderne remplira son rôle d’ouverture entre les uns et les autres, en digne héritier de ceux qui se sont efforcés de mettre à l’aube du XVIIIe siècle un terme aux guerres de chapelles et de religions, je vous embrasse très fraternellement.

Hervé Vigier, Vénérable de la R.L. Le Laurier et l’Olivier, O. de Perpignan